A la naissance, le cerveau et le système nerveux sont inachevés. Ils se construisent tout au long de l’enfance.
Le cerveau a le 5ème du poids de celui d’un adulte. Le restant, se développera dans les années d’enfance et de jeunesse. Son poids sera de 70% au début de la 3ème année.
Donc si pendant cette période, le cerveau de l’enfant est fréquemment soumis à des stress, le développement du cerveau peut être perturbé. Or, c’est précisément pendant cette période que les punitions corporelles lui sont appliquées (elles sont sources de stress).
Les lobes frontaux se développent beaucoup à cette période. Ils permettent la réflexion, la connaissance, l’imagination et le contrôle des émotions. Pour un bon équilibre de la personnalité, il faut que les émotions aient pu se développer normalement et que le cerveau cognitif ait appris à les reconnaître et à les contrôler. Or, quand le cerveau est soumis à des stress trop fréquents, les capacités du cerveau sont diminuées, le développement des neurones se fait mal, et certains neurones sont même atteints de lésions.
De toute évidence, les enfants maltraités traitent les autres comme ils l’ont été eux-mêmes. Ils ont tendance à ne pas s’occuper de leurs camarades lorsque ceux-ci se font mal ou se mettent à pleurer. Les habitudes prises par le cerveau émotionnel au cours de périodes extrêmement longues prennent le dessus, pour le meilleur et pour le pire. En Bref, le cerveau est façonné par la brutalité – ou par l’amour – dont l’enfant a été l’objet.
Il est important de retenir qu’en état de stress fréquent le cerveau établit en priorité des connexions afin de détecter tout signe de danger proche. Ce faisant, les voies disponibles pour des expériences normales d’apprentissage sont atrophiées.
De plus aujourd’hui on sait qu’en plus du lobe frontal, l’hippocampe, partie du cerveau responsable de la mémoire émotionnelle, le corps calleux (pont entre les 2 hémisphères) et la partie gauche du cerveau sont affectés de façon durable (visible sur les écrans des scanners) par les mauvais traitements et la négligence.
Nous avons à peu près tous appris à ne pas frapper des adultes que nous n’aimons, pas même quand nous ne sommes en colère contre eux. Alors pourquoi nous n’y arriverions-nous pas avec nos enfants que nous aimons ?
Il existe d’autres moyens d’éducation que les châtiments corporels. Ils ne sont jamais la seule solution, même si à chaud on a l’impression que c’est la seule solution. C’est un comportement dangereux pour la construction de l’enfant. On le déstructure comme l’explique Jacqueline Cornet présidente de Ni Claque, Ni Fessée.
L’enfant frappé obéit souvent à l’ordre qu’il a reçu par peur des coups. Mais c’est aussi pour lui la première expérience de la lâcheté. Souvent, il recommence à la première occasion, mais en cachette : première expérience de l’hypocrisie. Il peut même prendre plaisir à défier ses parents : première expérience de la provocation. Est-ce vraiment ce que nous voulons apprendre à nos enfants ?
Frapper un enfant permet certes de nous soulager sur l’instant, mais ne vaut-il mieux pas installer une pièce dans la maison (les coussins du salon), un punching-ball, enfin bref quelque chose qui nous permette d’évacuer notre colère ?
Un enfant frappé est rarement plus docile qu’un enfant qui ne l’est pas. L’efficacité des coups n’est qu’apparente, elle fonctionne à très court terme, car elle s’atténue très rapidement avec l’accoutumance. L’enfant n’obéira pas plus pour autant par la suite.
Les coups peuvent aussi provoquer des lésions immédiates :
- secouer un bébé : il peut perdre la vue, être atteint de lésions irréversibles au cerveau, mourir,
- une claque peut perforer un tympan, provoquer des traumatismes oculaires,
- les bras de bébé peuvent être luxés si ont les tire sans ménagements,
- la fessée : le nerf sciatique, le coccyx, les organes sexuels peuvent être atteints
- les mains : les frapper est spécialement dangereux pour les plaques de croissance des os, qui si elles sont endommagées peuvent causées des déformations ou des perturbations. On peut causer des fractures, des dislocations, entraîner un développement prématuré d’ostéo-arthrite.
Des études ont montré que l’hormone de stress, le cortisol, provoque une inhibition du système immunitaire pour que l’organisme menacé par la cause de stress puisse se mobiliser entièrement contre elle. Le stress supprime la résistance immunitaire, au moins temporairement. Mais si le stress est intense et constant, la suppression peut devenir durable. Ainsi on peut, avec les coups reçus pendant l’enfance, dérégler durablement le système immunitaire, donc fragiliser l’organisme.
Plusieurs enquêtes américaines ont montré un rapport certain entre la violence des coups reçus dans l’enfance et la tendance à la dépression et à ses suites (alcoolisme, toxicomanie, suicide). Les coups s’accompagnent souvent d’injures et de propos dépréciateurs, ceux-ci sont humiliants et détruisent l’image que l’enfant à de lui-même.
D’après Marie Choquet, chercheur au CNRS, lorsqu’un jeune manifeste une grande violence, il faut rechercher les antécédents de violences subies. «On a constaté une forte liaison entre toutes les formes de violences (sur soi, sur autrui, subie). Le délinquant le plus agressif est celui qui a été le plus battu. »
Frapper un enfant, c’est lui ouvrir large la voie de la violence et lui rendre difficile la voie du respect des autres.
Respecter un enfant, c’est lui faire apparaître le respect des autres comme un comportement normal et aisé, et la violence comme un comportement aberrant.
D'après les recherches de R. Butterworth, les enfants auteurs de meurtres viennent généralement de familles dont les parents sont indifférents ou négligents, ou trop coercitifs et adeptes des punitions physiques violents. Ces enfants, quel que soit leur milieu, ont une image d'eux-mêmes très dégradée.
Les châtiments corporels peuvent rendre un enfant masochiste. Ils prédisposent à subir des abus sexuels, car les enfants frappés ne considèrent pas que leur corps leur appartienne. Les coups les habituent à accepter l'idée que les adultes ont un pouvoir absolu sur leur corps, y compris le droit de leur faire mal. Ils altèrent dans l’esprit le sens du bien et du mal et la capacité à voir les évidences.
On peut imaginer la force qu'il faut à des enfants pour remettre en question le comportement de leurs parents. Quand nous leur disons qu'ils sont stupides, méchants, paresseux, pour eux, ils pensent qu'ils le sont vraiment puisque nous leur disons.
Alice Miller dit : « Toutes les victimes ne deviennent pas des bourreaux, mais tous les bourreaux ont été victimes. Et si tant de gens acceptent que les enfants soient frappés, c'est qu'ils ont été eux-mêmes frappés. »
Heureusement les effets des mauvais traitements peuvent être compensés, et ils le sont souvent, par la présence auprès de l'enfant, ou par la rencontre, de personnes qui, par leur affection, leur estime, leur respect et leur compréhension, rendent à l'enfant le respect de lui-même et lui permettent de guérir au moins partiellement de ses blessures. Cette capacité de rebondissement se nomme la résilience.
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